« Putain, moi, putain, moi, avec mon caractère pas gentillet pour un sou, avec mon sang chaud, moi, qui vis de mon argent, qui ne courbe l’échine devant rien, moi, avec ma langue bien pendue, célibataire, sans enfants, avec mon coeur plein de haine à déverser, je vais maintenant travailler dans cet endroit où hier encore on chassait les femmes dans la forêt, au lasso? «
L’Amazonie, aussi connue sous le nom de poumon du monde, est célèbre pour ses forêts luxuriantes et ses rivières foisonnantes. L’Acre, une région oubliée du Brésil, est l’une des portes d’entrée pour ce paradis verdoyant…
La narratrice, une jeune avocate, s’exile dans cette région pour répertorier les féminicides et les procès liés. Fascinée par la culture aborigène et cherchant à fuir ses propres fantômes, elle s’initie aux rituels ancestraux en s’aidant de l’ayahuasca, un puissant hallucinogène, qui l’aidera à surmonter les horreurs dont elle sera témoin.
» C’est stupide de penser que l’assassin devrait se soucier des autopsies. Le système est fait pour ne pas fonctionner Tout au bout, celui qui mène l’enquête regarde la victime avec mépris; c’est juste une femme, se dit-il. «
Chaque chapitre démarre par un fait divers : un féminicide. Elle voulait le quitter. Elle ne lui répondait plus. Elle a mal cuit les pattes. Tout commence par quelques paroles, puis une simple gifle… jusqu’à ce que l’irréparable, l’impardonnable, soit commis. Renforcé par une narration froide et factuelle, ce roman dénonce les violences à l’encontre des femmes ainsi que la banalisation des féminicides au sein d’une société corrompue.
» Sérieux : ça ne me paraît pas raisonnable que tu considères une putain de gifle malencontreuse, dans une fête de merde, comme un élément révélateur de mon caractère. »
Loin d’être facile, cette lecture est un brutal retour à la réalité, où le nombre de femmes battues et tuées dans le monde augmente de manière affolante. L’autrice a bâti un roman-témoignage où elle dénonce ces violences mais également la discrimination envers ces indigènes qui ne semblent pas compter.
Ballotée entre la violence des procès et l’envoûtement des rituels ancestraux, j’ai réalisé, en même temps que la narratrice, que les monstres pouvaient porter de bien beaux costumes… et qu’ils se cachaient soigneusement dans l’ombre de la sylve. La magie de l’Acre a rapidement été entachée de la violence quotidienne d’une région où les femmes semblent servir d’exutoire à la colère des hommes…
Déroutante et perturbante, l’euphorie des rites s’est mêlée étrangement à la dure réalité de l’histoire, troublant mes certitudes de lectrice, suggérant des actes terribles, et reflétant une colère froide, qui progressivement m’a contaminée.
Dans ce roman où l’impuissance semble omniprésente, ma beauté sauvage des forêts contraste durement avec la misère sociale ambiante et m’a laissé un goût doux-amer d’inachevé. Mais pas parce que la fin est inachevée, loin de la ! Tout simplement parce que malgré les moyens mis en place dans différents payés, les féminicides ne cessent d’augmenter… et continuent d’être traités comme de banals faits divers.
Malgré la violence qu’il abrite, ce livre, résolument engagé, est une pépite hypnotisante qu’il ne faut pas louper!









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